LES ECHECS

 


Historique
Il existe des jeux d'échecs différents, persans (chatrang), indiens (chaturanga), arabes (shatranj), mongols (shatar), européens, birmans (sit-tu-yin), thaïs ou cambodgiens (makruk), malais (catur), chinois ou vietnamiens (xiangqi), coréens (janggi), japonais (shogi), etc. Tous ces jeux partagent un ensemble de traits qui renvoient à une véritable préhistoire puisqu’il n’existe aucun témoignage direct et sans équivoque du supposé ancêtre commun. Or, si l’histoire du développement des échecs se trouve largement décrite et bien connue, les origines restent enveloppées d’un voile opaque qui les renvoie le plus souvent à une naissance indienne. Pourtant, un examen objectif des sources disponibles révèle vite la fragilité de cette thèse très répandue. L'histoire des échecs a elle aussi sa propre « histoire », riche et surprenante ! Cette dernière est née dès les premières diffusions du jeu et a tout de suite mêlé l’épopée et la légende. Puis une réaction exagérément rationnelle est venue créer un nouveau mythe : la primauté d’un ancêtre, chaturâjî ou chaturanga, joué aux dés par quatre protagonistes avant qu’un sage élimine le hasard et réduise la partie à deux compères. Cette belle fable est aussi séduisante que tenace. Pourtant, elle est très certainement fausse.

La légende la plus célèbre sur l'origine du jeu d'échecs raconte l'histoire du roi Belkib (Indes, 3000 ans avant notre ère) qui cherchait à tout prix à tromper son ennui. Il promit donc une récompense exceptionnelle à qui lui proposerait une distraction qui le satisferait. Lorsque le sage Sissa, fils du Brahmine Dahir, lui présenta le jeu d'échecs, le souverain, enthousiaste, demanda à Sissa ce que celui-ci souhaitait en échange de ce cadeau extraordinaire. Humblement, Sissa demanda au prince de déposer un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l'échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. Le prince accorda immédiatement cette récompense en apparence modeste, mais son conseiller lui expliqua qu'il venait de signer la mort du royaume car les récoltes de l'année ne suffiraient à s'acquitter du prix du jeu. En effet, sur la dernière case de l'échiquier, il faudrait déposer plus de neuf milliards de milliards de grains, et y ajouter le total des grains déposés sur les cases précédentes, ce qui fait un total de 18 446 744 073 709 551 615 grains ou bien plus de 1000 fois la production mondiale de 2012 !

L’arrivée des échecs en Europe se fait sans doute par l’Espagne musulmane aux alentours du Xème siècle, ou par l’Italie du sud (Sicile), se diffusant dans toute l'Europe à partir du XIème siècle. Une légende a longtemps attribué un jeu d'échecs à Charlemagne qui l'aurait reçu de la part du calife Haroun al-Rachid, on pense aujourd'hui qu'il fut fabriqué postérieurement près Salerne à la fin du XIème siècle. L’Église le condamne au Concile de Paris de 1212. Saint Louis interdit dans sa Grande ordonnance de 1254 ce jeu de mauvaise réputation coupable de troubler la moralité publique. Cette interdiction est peu appliquée, la popularité des échecs atteint son apogée entre le XIIème siècle et le XVème siècle : faisant partie intégrante de l’éducation du futur chevalier, le jeu se répand dans le milieu de la bourgeoisie à partir du XIVème siècle. L’échiquier s'occidentalise au milieu du XIIème siècle, les pièces devenant plus mobiles et le plateau devient bicolore avec les cases rouges et noires (qui deviendront plus tard blanches et noires), le vizir devient fierge (ou vierge), puis reine et/ou dame, l'éléphant devient aufin, puis fou…

Mais l’évolution la plus importante a lieu à la fin du Moyen Âge, vers 1475 à Valence en Espagne lorsque les mouvements limités de la reine/dame et du fou sont remplacés par ceux que nous connaissons actuellement. Le traité reflétant ces innovations est généralement attribué à Francesc Vicent, publié en 1495, mais il est aujourd'hui perdu. Vers 1650, on peut considérer que les règles du jeu moderne sont à peu près établies. Si les premiers livres traitant des échecs remontent à l'époque arabe (dans le Kitab-al-Fihrist d'Ibn al-Nadim), la stabilisation des règles en Europe donne naissance à une littérature théorique très riche et on observe notamment l'élaboration des premiers systèmes d'ouverture. L’aspect physique des pièces le plus courant aujourd’hui, le style « Staunton », date de 1850. C’est également durant la seconde moitié du XIXème siècle qu’émergent les échecs modernes. Au XXème siècle, l’URSS, sous l'impulsion de Nikolai Krylenko, en assure une promotion très active, le considérant comme un excellent outil de formation intellectuelle. 

Depuis janvier 2000, les échecs sont devenus, en France, un sport reconnu par le ministère de la Jeunesse et des Sports. De nombreuses compétitions sportives sont organisées dans le monde entier. Depuis le début de l'année 2008, l’entrée de ce sport aux Jeux olympiques est discutée. Depuis 2013, le champion du monde est le Norvégien Magnus Carlsen qui a succédé à l'Indien Viswanathan Anand. 
 

 
Le Conservatoire du Jeu - Juin 2014



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